L'Autoroute Sauvage

un zest d'imaginaire

12 décembre 2006

Cadeau de Noël pour mes blogueurs

C'est presque Noël ! Eh oui ! Du coup, j'ai décidé de faire un petit cadeau sous forme de nouvelle inédite à tous ceux qui fréquentent mon blog ! Elle sera en deux parties ; voici la première. Les commentaires sont les bienvenus !

Le Général d'Ïrmoir

 

Aujourd'hui, à la nuit tombée, alors que brillent dans notre ciel embrasé deux lunes de sang, je viens vers vous, Ô mon roi, pour vous dire, en humble serviteur, toute la douleur qui m'étreint. Ma cuirasse aux blasons effacés, au fer fatigué, me porte à peine ; carcasse à la mécanique interne brisée, je saigne et mon sang s'écoule entre les mailles, entre les failles, preuves de ma faiblesse et de mon échec.

Il est loin le jour de printemps où, d'une main pleine d'assurance et de grâce, vous posiez ce casque d'or enluminé sur ma tête baissée. Derrière les oripeaux brodés chantaient quelques femmes aux voix pures, aux yeux embués de larmes ; elles étaient de joie, elles cristallisaient toute la foi accordée à votre nouveau général, garant ultime de votre sécurité, étendard de l'amour que vous portez à votre peuple.

Aujourd'hui, avant la fin de cette sombre nuit, mon âme affrontera les indicibles ténèbres, et j'emporte avec moi cette honte, cette rage indélébile, de n'avoir su répondre à vos attentes, de n'avoir su défendre votre, notre, royaume chéri. Que ferai-je, quand l'heure viendra où mes genoux ploieront et s'affaisseront au pied de votre trône, devant ces quelques marches de pierres dures et froides où votre grandeur toisera d'un regard déçu un guerrier déchu ? Implorerai-je votre pardon, où laisserai-je mes lèvres sèches closes ?

Encore quelques pas, et la grande salle apparaîtra. La salle du trône.

 

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Il y a cette immense plaine herbeuse, parsemée de cardamines. L'air, saturé d'odeurs, s'infiltre  sous mon casque, sans pouvoir empêcher la sueur d'envahir mon visage contracté. Mon cheval hennit, fouette ses sabots contre le sol, nerveux. Au bout de la plaine, une longue ligne horizontale, mouvante, sombre et inquiétante, se rapproche de moi, et de mon armée. Nous ne savons qui ils sont, ni d'où ils viennent. Nous savons juste qu'ils avancent, inexorablement, vers nous, et que la bataille est inévitable.

    • Mon général ?

Mon regard se tourne vers Jados, mon second, brave chevalier parmi les chevaliers. Mon homme de confiance aux yeux d'un gris éternellement mélancolique.

    • Oui ?

    • Notre éclaireur est de retour. Il m'a remis son rapport, et me voici.

    • Parle, Jados.

    • Le Royaume de Taür est bel et bien tombé sous les assauts de cette armée inconnue. Nous devons, grâce à cette information, exclure tout pacte ou alliance entre un royaume voisin et cette armée. Taür n'est plus rien d'autre qu'un amas de cendres et de cadavres anonymes.

    • Je vois.

    • Taür n'a jamais eu la puissance D'ïrmoir. Nous vaincrons.

Jados se tait et, droit et fier sur son cheval, attend mes conclusions, et ses ordres. Le ciel s'est couvert de nuages noirs, soucieux comme des sourcils qui se froncent. Soucieux comme un général en proie au doute.

    • Jados, j'espère que tu dis vrai. De toute mon âme, je veux sauver ce royaume dont on m'a confié la garde. Alors, je n'accepterai aucun doute dans les coeurs, nous irons au combat sans fléchir ; et nous défendrons nos foyers le mors aux dents. Fais passer ces mots aux fantassins, au canoniers, aux arbalétriers, aux archers, aux nobles chevaliers. Je veux qu'une foi unique nous anime ; je veux de la hargne, de la haine pour nos ennemis, de l'amour pour nos amis. Je veux que cette foi en nous guide nos épées.

Le destrier de Jados effectue une soudaine volte-face, et il s'éloigne au petit galop.

Au bout de quelques minutes, de longues clameurs éclatent dans mon dos, alors que mes yeux continuent de se river sur les lignes ennemies. Derrière moi, tous mes soldats, tous ces hommes que je guide vers un destin nébuleux, scandent mon nom.


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Mes doigts ensanglantés caressent le bois verni de la porte et y laissent des traces ; les traces de mon combat. Le sang de la chute d'Ïrmoir. Pousser cette porte m'insupporte, car j'ai dans l'esprit votre voix sacrée, Ô mon roi, qui crie, crie encore à ma traitrise, et votre index accusateur est pointé sur moi comme le fer d'une lance. L'arme ultime qui me percera le coeur. Celle qui aurait dû achever ceux de nos ennemis. Au contraire, je suis là, faible devant cette porte que je n'ose franchir, parce que j'ai failli à mon devoir. Tant d'hommes sont morts dans la plaine aux cardamines que pas une fleur ne pointe encore le bout d'un pétale immaculé ; il n'y a pas un brin d'herbe qui ne doive supporter le poids d'un corps sans vie. Des milliers d'yeux blancs de neige éternelle fixent un ciel opaque, où rien ne se reflète plus, surtout pas un avenir. Les deux lunes rouges sont deux yeux, deux plaies, qui versent des larmes de sang sur notre royaume détruit.

Dix ans auparavant, dans mon armure rutilante, fier et humble à la fois, je jurais à mon roi de ne jamais laisser quiconque souiller les terres d'Ïrmoir. Il me disait, d'un ton à la sincérité désarmante, qu'aucun homme de ma valeur n'avait défendu le blason de la famille royale depuis des siècles. Il me voyait droit, invincible, et incorruptible. Depuis déjà quelques années, j'avais démontré ma vaillance et mon sens tactique sur les champs de bataille, et mes hommes me respectaient, m'aimaient. Je n'avais d'autre ambition que d'être le meilleur soldat au service de mon roi. J'avais fini par être récompensé. Pour moi, je dois l'avouer, cela avait été une immense surprise. Je ne pensais jamais à gravir les échelons, je pensais juste à servir, et servir encore et toujours, jusqu'à ce que mort s'ensuive, comme on m'avait toujours enseigné à le faire.

Mais la responsabilité. La responsabilité. Avoir dans le creux de ses mains le destin de milliers d'âmes, devoir rendre des comptes à son roi et à ses dieux si elles sont perdues, cela est une tâche d'homme maudit pour l'éternité comme je le suis aujourd'hui. A jamais mon âme traînera un lourd fardeau ; elle ne volera jamais très haut dans le ciel, auprès des âmes pures. Auprès de vous, mon roi.

Mes actes sont ma faiblesse, mes actes sont ma force ; j'assumerai ma tâche et mon fardeau jusqu'au bout.

Je pousse enfin cette porte, le coeur battant la chamade pour ses derniers instants, et entre dans cette longue salle au bout de laquelle un homme m'attend.

Je vous salue, Ô mon roi.


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Posté par Kanux01 à 13:32 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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