L'Autoroute Sauvage

un zest d'imaginaire

03 décembre 2007

un après-midi à Elven

Je suis donc passé en coup de vent samedi dernier à Elven, pour le salon des littératures populaires, dont la thématique générale était la science-fiction française, notamment celle qui nous concerne, celle d'avant 45. Tous les intervenants étaient extrêmement pointus tout en restant clairs et compréhensibles pour le commun des mortels : un bon point. Côté intervenants : Jean-Luc Buard, Joseph Altairac, Richard Bessière, Serge Lehman, J-F Merle. Le tout animé par l'excellent Jean-Luc Rivera.
Je n'ai pas vu toute l'intervention de Bessière. Ceux qui comme moi possède le numéro spécial de Dragon & Microchips consacré à Bessière connaissent ses histoires et anecdotes par coeur. Ceci dit, on ne peut pas lui reprocher de mettre de l'ambiance :-)
Côté interventions, elles étaient avant tout instructives et informatives. Elles ont brossé avec brio l'historique de notre SF. Celle de Serge Lehman, outre ces dernières qualités, était également un vrai travail de recherche avec intention d'explorer de nouvelles voies pour mieux comprendre notre science-fiction d'avant guerre. Notamment cette piste intéressante : La BD aurait récupéré (ou pris le relais) les thématiques du roman scientifique à un moment où celui-ci était tombé (ou en passe de tomber) aux oubliettes.  Il y a donc eu un transfert de support. Lehman cite en exemple les classiques de la BD (Hergé, Franquin, Jacobs). Cette démonstration m'a paru saisissante et fort bien vue ; Ce qui m'a apporté cette réflexion : on dit souvent d'Hergé qu'il a souvent plaggié les romanciers (Théo Varlet, Jules Verne, par ex.), voire certains illustrateurs de l'époque, tout comme Jacobs et Franquin ont puisé sans vergogne dans le terreau laissé à disposition par le roman scientifique. Cela dit et avéré, il me semble que l'histoire littéraire démontre que ça a toujours fonctionné ainsi : on peut prendre l'exemple tout simple des grecs et des latins. Les latins ont repris les textes des tragédiens grecs et les ont adapté (imitation) à leur sauce (émulation). Sénèque connaît parfaitement le Médée d'Euripide avant de rédiger le sien... En un sens, Hergé serait un Sénèque quand Théo Varlet serait un Euripide :-)
Même si cet exemple des grecs et des latins montre que cette imitation/émulation est restée cantonnée au même domaine (Théâtre = le genre noble chez les antiques), il montre aussi que l'accès possible à la diversification des supports (et l'émergence de la BD en particulier), a créé un décalage de support vers un autre. Ainsi la BD se serait emparée de l'imaginaire du roman scientifique français, en en prenant la suite directe, ce qui a aussi, sans doute, fortement aidé la Science-Fiction américaine à truster toute la place littéraire ((re)devenue vierge).
J'aurais bien aimé revenir le dimanche, pour discuter un peu plus avec les intervenants, mais bon, pas possible :-)
Bref, un samedi fort agréable, qui m'aura en outre permis d'apercevoir J-F Le Deist, Philippe Ward, Claire Panier-Alix, Pierre Bordage, ou encore Christophe Duchet.

Merci aux organisateurs.

Posté par Kanux01 à 16:47 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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