L'Autoroute Sauvage

un zest d'imaginaire

23 décembre 2007

Avant première de Noël pour ceux qui attendent Alone contre Alone !

Petit extrait de la suite de A comme Alone, avec en bonus, l'ébauche de couverture. Alone contre Alone paraîtra en mars prochain, toujours chez Rivière Blanche, bien sûr !
Le premier chapitre est toujours disponible ici.
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CHAPITRE II (version non définitive)


On était quatre, assis autour d'une grosse table en chêne massif, bouffée par les termites. Quatre affalés sur des chaises tout autant grignotées et qui menaçaient à chaque fois de s'effondrer sous notre poids.

Nicoloss est mort, ai-je confirmé à Flo et Gaby.

Ah, merde, a lâché Flo, laconique. Je l'aimais bien... Mais qui étaient ces types, tudieu ? Vachement organisés quand même, comme Rasses !

C'étaient des hommes d'Argento. Ou de Corman sans doute, à présent.

Tout le monde s'est tu. On subissait encore le choc de l'attaque, on manquait de recul pour bien analyser les événements. Et puis tout le monde avait frôlé la mort aujourd'hui. Flo et Gaby aussi. On les avait canardé à la mitrailleuse, tout comme moi.

Grise a lâché la question que l'on devait se poser :

Oui, mais comment sont-ils parvenus à nous retrouver ? On s'est pas mal éloignés de Sète, et la France, c'est plutôt vaste. Alors ?

Alors, la question, croustillante à souhait, n'avait pas vraiment de réponse. Le débarquement et l'attaque échappaient à la raison. Et la douloureuse avait été réglée par notre ami Nicoloss. Ca m'énervait. Il ne méritait pas un tel sort. Il nous avait prouvé maintes fois sa gentillesse, son dévouement. Mais dans ce monde, c'est la vie, c'est la mort, et les deux se rejoignent souvent de façon plus violente, de façon plus hasardeuse qu'avant la grande catastrophe.

J'ai quand même blablaté un peu au sujet de ma théorie sur les Jumeaux. Grise m'a soutenu là-dessus, mais Flo et Gaby préféraient ne pas y croire. De tels pouvoirs signifiaient que, où qu'on aille, ils nous retrouveraient. Leur prochain commando serait encore plus dangereux. Il ne fallait même pas en douter.

On aurait dû bouger, a dit Gaby d'un ton sec. Ici, on a fini par s'endormir un peu, notre vigilance aussi. Résultat des courses : Nicoloss est mort.

Quelle merde. Vraiment. Gaby grattait là une bonne corde. Filer de cette île, on y avait songé des tonnes de fois mais, jamais avant aujourd'hui, on s'y était résolus. Trop biens, trop tranquilles, belle place imprenable entourée d'eau, baignée de soleil, bercée par le crissement des grillons et le cri moqueur des mouettes... le paradis pour Alones en repos.

J'ai soupiré mollement.

Ok, les gars. On enterre Nicoloss, et on s'arrache de ce bout de terre dans quelques jours, le temps de se remettre.

Hochement général de la tête.

Mais il y a autre chose.

Trois regards inquisiteurs ont attendus quelques secondes, le temps que je choisisse mes mots.

Flo, Gaby, nos routes doivent se séparer. Dans cette histoire, Grise et moi devons endosser la totale responsabilité des événements, et assumer leurs conséquences. Nous sommes un danger pour vous. C'est clair comme de l'eau de roche. Et vous n'avez pas à subir d'autres assauts, s'ils viennent.

Oh, Pépé, a répliqué Gaby, tes arguments sont valables, c'est vrai. Mais bon, on sait se défendre. Et si toi et Grise êtes harcelés par ces enflures, peut-être vaut-il mieux que nous restions avec vous pour filer un coup de main...

Je l'ai coupé, avec un geste nerveux de la main.

Pas question. Grise et moi, on se débrouillera. Et s'il le faut, si c'est la seule méthode efficace pour qu'on nous lâche la grappe, j'irai rendre une petite visite de courtoisie typiquement Alone à cet enfoiré de Corman.

Mais... a commencé Flo sans aller au bout de sa pensée.

Pépé a raison, a surenchéri Grise d'un ton sec et sans ambiguïté. On se sépare. C'est la seule solution acceptable, pour ma part. Et si tout se passe bien, l'hiver prochain, on se retrouvera à Crozon, voilà tout. Si le marché vous convient, topez-là !

Tu sais, a insisté Gaby, aussi bien, une fois qu'on se sera tirés d'ici, Flo et moi on se fera rétamer par une bande de Fanars qui aura eu la veine de tomber sur nous. Je veux dire, on peut très bien y passer sans avoir besoin de votre aide.

Gaby a ricané. Il marquait un point, mais ce n'était pas suffisant. Je l'ai un peu asticoté :

Parfait, ça me convient tout plein. Du moment que je ne sois pas directement responsable de ta mort.

Gaby s'est gratté le crâne. Il n'avait jamais aimé qu'on lui tienne tête. Mais il a paru baisser les bras, fataliste, avec l'assentiment de Flo.

Très bien. Au fond, si c'est ce que vous voulez, on a aucune raison de vous en empêcher. Après tout, on va pas commencer à avoir des moeurs de Rasses. Avec l'instinct grégaire et tout le toutim. On est pas des moutons ! Chacun sa route, chacun son chemin. Point final.

Comme tout le monde était tombé d'accord, on s'est levés. Gaby et moi, on a bougé de la baraque. La matinée s'achevait tranquillement, et le soleil approchait de son zénith. Sale temps pour des cadavres. Avec le copain, on est retournés sur le lieu du décès de Nicoloss. Ca m'a fichu le cafard de le trouver, blême et rigide, un couteau planté dans le coeur jusqu'à la garde ; une balle lui avait également transpercé un tibia. L'avait vraiment pas eu de pot, le poteau. On l'a enterré sur place, sous un églantier sauvage. Gaby et moi, on s'est pas adonnés à de futiles prières. Les dieux, on y croit pas trop. Voire pas du tout. On lui a juste dit un « ciao copain, porte-toi bien où que tu sois », et basta. Il allait nous manquer, c'était déjà tellement certain qu'on ne voyait pas d'intérêt supplémentaire à rester larmoyer inutilement devant un tas de terre. Voilà, son souvenir était gravé en nous. C'est ça l'important. Les filles sont passées un peu plus tard, pour lui dire adieu aussi. Elles étaient aussi peinées que nous. Pas à redire. Mais psalmodier en pleurant, ce n'est pas non plus dans leurs gènes.

Les autres macchabées, par contre, on y a pas touché. La charogne qui traînait dans le coin connaissait sa besogne ; et la charogne sait trouver la charogne. Ils s'entendraient très bien.

Le soir, on s'est englouti deux poules sauvages – décidément on regretterait cette île qui regorgeait de gibier – et on s'est ramassés une cuite carabinée. Puis chaque couple a fini la soirée dans un coin de l'île. Parties de baise au programme. Nickel, ça nous a vachement détendus après la nuit qu'on avait tous vécu. D'ailleurs, on a recommencé plusieurs fois. Je n'étais toujours pas rassasié, mais Grise a fini par me repousser alors que je retournais mordiller ses tétons aux aréoles parfaites. Au milieu d'une clairière tapissée de mousse grillée par le soleil, on s'est endormis dans les bras l'un de l'autre, avec la sensation jouissive d'être bien vivants, et d'avoir bien mérité de l'être. Avec aussi, cependant, dans un coin de nos rêves, l'image désormais ancrée de la séparation prochaine avec Flo et Gaby. On trouvait ça moche, mais avait-on meilleur choix ?

A suivre ! Joyeux Noël à tous !

Posté par Kanux01 à 13:43 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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